Evaluation Neuropsychologique

Fonctions cognitives généralement perturbéesEvaluation globale - Evaluations pré/post-opératoires

 

 Fonctions cognitives généralement perturbées

L’épilepsie s’accompagne de troubles cognitifs divers touchant classiquement l’attention et la mémoire. Toutefois, il est difficile d’interpréter précisément les troubles neuropsychologiques chez les patients épileptiques, compte tenu de la multiplicité des facteurs intriqués : étiologie, fréquence des crises, âge de début, durée de la pathologie, existence ou non de décharges intercritiques et traitement .

EPILEPSIE SYMPTOMATIQUE

Epilepsie temporale et épilepsie frontale 

L’épilepsie focale lobaire est une condition pathologique qui peut tout particulièrement affecter le fonctionnement cognitif. Bien que les travaux chez l’enfant épileptique restent rares, l’impact délétère de ce type d’épilepsie sur le fonctionnement mnésique peut désormais être considéré comme clairement établi. Les épilepsies partielles du lobe temporal, mais également du lobe frontal, sont en effet susceptibles de compromettre les capacités d’acquisition et de rappel d’informations dès l’enfance. De plus, il est possible de distinguer différents types de troubles mnésiques et nous présenterons successivement leurs principales caractéristiques en fonction de la topographie de la zone épileptogène.

 

Mémoire de travail

On rapporte classiquement une dissociation entre mémoires à court terme et à long terme chez les adultes avec lésion du lobe temporal interne. Les enfants avec épilepsie temporale peuvent également présenter un empan correct pour leur âge mais la fréquence des crises a un impact négatif sur leur score à l’épreuve de « Mémoire des Chiffres »  . Hershey et al. (1998) ont signalé une variation des performances avec la difficulté croissante des demandes en mémoire de travail dans la condition visuospatiale. De plus, Gallagher et al. (2005) ont rapporté - chez des enfants avec épilepsie temporale et atrophie hippocampique - un déficit spécifique de la modalité auditive ou visuelle dans les épreuves de mémoire de travail. Leurs performances s’avéraient déficitaires par rapport à leurs valeurs de QI et étaient, par ailleurs, en correspondance avec les scores obtenus dans les épreuves de mémoire à long terme. Ces résultats mettent donc l’accent sur l’importance des déficits mnésiques en relation possible avec l’étape initiale de traitement de l’information lors de l’encodage. 

Mémoire épisodique

Les études de neuropsychologie concernant plus particulièrement la mémoire épisodique chez les enfants épileptiques ont souligné l’importance des troubles chez ces enfants lorsque le foyer épileptique se situe notamment au niveau temporal ou frontal et ce en dépit d’un niveau cognitif global généralement dans la norme.

Lors d’une étude réalisée auprès de 60 jeunes patients (7 à 14 ans) avec la batterie d’efficience mnésique de J-L Signoret, Jambaqué et al. (1993) ont montré que ce sont les enfants avec épilepsie temporale (et surtout bitemporale) qui présentent les troubles les plus .  Par ailleurs, il apparaît que les performances de ces enfants diffèrent selon les épreuves et la topographie du foyer épileptique. Ainsi, au sein du groupe d’enfants avec épilepsie temporale, ceux dont le foyer se situe à gauche ont obtenu de faibles performances en mémoire verbale et en particulier pour l’épreuve de rappel d’histoire. A l’inverse, les enfants avec épilepsie temporale droite ont obtenu des scores déficitaires pour les épreuves de mémoire visuelle. Ces observations vont ainsi dans le sens des résultats obtenus auprès des adultes épileptiques. Toutefois, un certain nombre de recherches n’ont pas mis en évidence cette asymétrie hémisphérique. Elles ont en effet diversement rapporté 1) qu’il n’existait pas de différence selon le matériel et le côté du foyer   ; 2) des performances similaires en mémoire verbale et visuelle   3) des performances effectivement altérées en mémoire verbale chez des enfants avec épilepsie temporale gauche mais pas de déficit en mémoire visuelle chez des enfants avec épilepsie temporale droite .

Les enfants souffrant d’une épilepsie temporale (notamment bi-temporale) peuvent présenter des troubles mnésiques massifs allant jusqu’à des formes spécifiques de syndrome amnésique : oubli à long terme « accéléré » ou « syndrome amnésique permanent ».

 

EPILEPSIES IDIOPATHIQUES

Traditionnellement, la neuropsychologie de l’épilepsie a pour objectif d’évaluer le fonctionnement de régions cérébrales définies et de spécifier les zones cérébrales de dysfonctionnement. La majorité des travaux dans le domaine de la neuropsychologie de l’épilepsie a été consacrée à l’étude de la localisation et de la latéralisation du foyer épileptogène, définissant la neuropsychologie « lésionnelle » des épilepsies focales, en particulier l’épilepsie du lobe temporal. Plus récemment, l’intérêt s’est porté sur l’exploration des épilepsies idiopathiques par définition non lésionnelles. Ces épilepsies constituent un modèle de choix pour l’évaluation du retentissement de l’épilepsie sur le développement et les apprentissages et plus largement la plasticité cérébrale. Ce nouveau champ d’action de la neuropsychologie a apporté une autre dimension à la caractérisation des épilepsies idiopathiques.

Les objectifs sont différents de ceux attendus dans les épilepsies lésionnelles puisqu’il s’agit de déterminer si les troubles neuropsychologiques éventuels sont stables et pourraient ainsi rentrer dans la caractérisation phénotypique du syndrome épileptique ou au contraire, s’ils sont le reflet des décharges épileptiques intercritiques.

 

Epilepsie à pointes centro-temporales

L’épilepsie à pointes centro-temporales appartient au groupe des épilepsies focales idiopathiques dont les spécificités sont :  le caractère âge dépendant, l’absence de lésion anatomique, un examen clinique normal et une guérison spontanée à l’adolescence.  

Malgré une réputation bénigne, des troubles du comportement et des difficultés scolaires ont été rapportés .  En dépit d’une intelligence normale, des troubles neuropsychologiques ont été décrits à la phase active, mis en évidence à l’aide d’outils d’évaluation fins. Leur retentissement dans la vie quotidienne reste à évaluer. Il peut s’agir de troubles touchant les capacités visuo-perceptives , la mémoire à court terme  , la motricité fine, les fonctions  exécutives   et l’attention  . Le langage a fait l’objet d’un intérêt tout particulier, compte tenu de la topographie des décharges . Une réduction de la fluence, des troubles de la dénomination et de la compréhension ont été rapportés .  Plus récemment Staden et al., (1998), ont décrit chez 13 des 20 enfants étudiés, porteurs d’une EPCT à la phase active, des déficits langagiers plus spécifiques dans des domaines aussi variés que la lecture, l’orthographe, la grammaire expressive, sans corrélation avec la topographie du foyer. Des troubles du langage sévères à modérés ont été rapportés par Monjauze   chez 9 sujets parmi 16 (56  %) âgés de 6 à 15  ans, porteurs d’une EPCT à la phase active ou en rémission. Une large batterie a été proposée évaluant : le vocabulaire expressif, la grammaire expressive, la compréhension (vocabulaire, grammaire), la lecture, le jugement orthographique, le jugement lexical et grammatical. Cinq sujets (31 %) obtenaient des scores bas dans un domaine ou plus, avec un retentissement significatif sur les apprentissages scolaires. Les domaines les plus particulièrement affectés étaient : la morphosyntaxe et les compétences en langage écrit. La morphosyntaxe est un domaine particulièrement vulnérable dans d’autres pathologies langagières comme les troubles spécifiques du développement du langage oral.  La survenue d’une activité épileptique durant une période sensible pour l’acquisition d’un certain domaine linguistique   est susceptible d’entraver son développement propre mais aussi celui d’autres domaines linguistiques en relation avec le bon fonctionnement du précédent domaine. L’influence de la latéralisation du foyer, droit ou gauche, n’était pas clairement démontrée compte tenu de la petite taille des effectifs dans chacun des groupes.  

Epilepsies généralisées idiopathiques

Dans le domaine des épilepsies généralisées idiopathiques (EGI), seul le fonctionnement intellectuel avait fait l’objet d’une évaluation.  Plus récemment, la description de troubles comportementaux, de certains traits de personnalité et des difficultés d’intégration sociale dans l’épilepsie myoclonique juvénile (EMJ), assez similaires à ceux rapportés dans les lésions frontales, a conduit à s’interroger sur l’existence d’un syndrome dysexécutif dans l’EMJ. L’hypothèse du syndrome dysexécutif a été confirmée par des travaux neuropsychologiques qui ont décrit des difficultés de raisonnement abstrait, de flexibilité mentale, de vitesse de traitement cognitif et de planification dans  . La question du support biologique de ce syndrome dysexécutif demeure non résolue. Certaines données plaident en faveur d’un support « structurel » au syndrome dysexécutif de l’EMJ, comme en témoignent les travaux neuropathologiques, rapportant des lésions microdysgénésiques dans le cortex et la substance blanche sous-corticale du lobe frontal, les données obtenues en spectro-IRM  , les hypométabolismes dans les régions frontales rapportés en TEP. L’hypothèsestructurelle suggère que les anomalies morphologiques rapportées dans l’EMJ perturbent les centres et les circuits dont dépendent les fonctions exécutives, rendant compte de ce syndrome dysexécutif. L’autre hypothèse, fonctionnelle, considère le syndrome dysexécutif comme le reflet des anomalies paroxystiques. Celles-ci entraîneraient un trouble cognitif transitoire (« TCI » : transient cognitive impairment) (Aarts et al., 1984) et spécifique (Aldenkamp et Arends, 2004). Compte tenu de la spécificité des TCI, dépendante de la localisation des décharges et de la topographie des anomalies paroxystiques intercritiques (API), qui sont maximales dans les régions frontales dans l’EMJ (Janz, 1985 ; Janz, 1989), l’hypothèse fonctionnelle stipule que les API sont à l’origine des troubles des fonctions exécutives. La question posée est de savoir si ce syndrome dysexécutif pourrait constituer un marqueur comportemental et neuropsychologique des EGI

Epilepsie-absences de l’enfance

Dans cette épilepsie, caractérisée par la répétition des absences, chez un enfant au développement psychomoteur normal, des troubles socio-éducatifs, du comportement du caractère (impulsivité, irritabilité, agressivité, anxiété, labilité émotionnelle) ainsi que des troubles d’intégration sociale ont été décrits. Cependant, aucun travail n’a évalué les fonctions exécutives.  La mémoire, le langage, lesfonctions exécutives ont été étudiées chez l’adolescent et le jeune adulte en rémission d’une EAE   et comparées à celles d’un groupe d’EPCT guéris et à des contrôles appariés par l’âge et la latéralité manuelle. Même si les scores obtenus aux différentes épreuves exécutives classiques (Trail Making Test, Fluence verbale, Wisconsin) ne différaient pas  significativement dans les 3 groupes, les scores aux subtests « Arrangement d’images et cubes (extraits de l’échelle d’intelligence de Wechsler) », étaient inférieurs chez les sujets EAE comparés aux 2 autres populations, suggérant des éléments en faveur d’un syndrome dysexécutif. Ces résultats, préliminaires, incitent à conduire d’autres travaux, en particulier chez l’enfant, afin de clarifier cette notion de syndrome dysexécutif, possiblement marqueur neuropsychologique des EGI. 

Côté parents

  Evaluation globale

Les troubles cognitifs sont fréquents chez le patient épileptique et peuvent être considérés comme des marqueurs comportementaux de l’épilepsie. Ils sont évalués au cours d’un bilan neuropsychologique qui nécessite l’utilisation des tests spécifiques. Les données neuropsychologiques ainsi obtenues viennent compléter les informations fournies par les autres examens de l’investigation périchirurgicale. Outre les indications qu’elles fournissent sur la latéralisation et l’étendue du dysfonctionnement cérébral, elles permettent d’anticiper les risques éventuels du traitement chirurgical sur la cognition. Enfin, ces résultats sont indispensables à la mise en place d’une rééducation neuropsychologique qui devrait être proposée avant et/ou après l’intervention, quand cela est nécessaire, aux patients épileptiques candidats à un traitement chirurgical.

Evaluation et Spécialisation hémisphérique:

Plus que pour tout autre pathologie, la valeur du facteur "spécialisation hémisphérique" fait sens dans l'épilepsie. Ainsi, le neuropsycholgue doit veiller à déterminer la latéralité manuelle au cours de son bilan et prévoir un ensemble de tests évaluant le langage dans ses composantes expressives et receptives mais également la pragmatique du langage. Pour la mémoire, il opposera les résultats obtenus aux tests évaluant la mémoire verbale et la mémoire visuelle , que ce soit à court ou long terme. 

Lorsque ce bilan se fait au sein d'une équipe pluridisciplinaire proposant des investigations fonctionnelles (type IRMf), les conclusions du neuropsychologues seront précieuses pour compléter les données d'imagerie et participer aux prises de décisions quant à la prise en charge et une éventuelle intervention chirurgicale. 

 

Épilepsie du lobe frontal

Les lobes frontaux sont impliqués dans la motricité, le langage ainsi que dans la régulation et l'organisation du comportement (Milner, 1982). Chez les patients adultes, l'épilepsie du lobe frontal a été associée à des déficits de planification, de mémoire de travail, du contrôle des impulsions, de l'attention de la coordination motrice. Ces déficits peuvent aussi se retrouver chez les enfants présentant une atteinte neurologique affectant les lobes frontaux. Cependant, seules quelques rares études ont tenté d'évaluer les effets d'une dysfonction dite « frontale » chez les enfants présentant une épilepsie affectant le lobe frontal.

Jusqu'à tout récemment, la plupart de nos connaissances quant aux conséquences de l'épilepsie frontale chez l'enfant découlaient d'études de cas uniques. Boone et ses collaborateurs (1988) ont été les premiers à rapporter le cas d'une adolescente de 13 ans présentant des foyers épileptiques frontaux bilatéraux. Cette dernière démontrait un syndrome frontal inter-critique caractérisé par une désinhibition sexuelle, un désintérêt quant à son hygiène personnelle et une agressivité verbale et physique. Les tests neuropsychologiques ont révélé une performance déficitaire dans les épreuves mesurant la vitesse motrice, l'attention et la concentration, la flexibilité mentale (Tracés B), la planification (Labyrinthes du WISC-R) et l'inhibition (Test de Stroop). Aucun déficit n'était observé dans les tâches requérant de la catégorisation, du raisonnement ou la formation de concepts (e.g. Similitudes du WISC-R). Fait important à noter, ces manifestations se sont estompées avec le contrôle de l'épilepsie. De façon analogue, Jambaqué et Dulac (1989) ont rapporté des déficits de nature frontale chez un garçon de 8 ans, d'intelligence normale, qui présentait un foyer épileptique dans la région fronto-temporale droite. L'enfant arrivait difficilement à contrôler son agressivité et il démontrait des comportements étranges ainsi qu'un changement de personnalité. Les tests neuropsychologiques mettaient en évidence un ralentissement psycho-moteur et des déficits de planification dans les sous-tests Substitutions (Coding) et Labyrinthes du WISC-R. Une détérioration de son écriture témoignait d'une atteinte de sa dextérité manuelle. De plus, l'enfant manifestait des difficultés à reproduire une séquence de gestes manuels. Enfin, sa fluence verbale et son attention s'avéraient nettement réduites. Une fois les crises contrôlées par la pharmacothérapie, les symptômes frontaux se sont dissipés et les résultats aux tests neuropsychologiques se sont améliorés.

Nous avons récemment procédé à la première évaluation d'un groupe d'enfants présentant une épilepsie du lobe frontal (Hernandez et al. ; Lassonde et al., acceptés pour publication). La performance des 16 enfants de ce groupe a été comparée à celle de 8 enfants atteints d'une épilepsie temporale ainsi qu'à celle de 8 enfants présentant une épilepsie généralisée dont les principales manifestations épileptiques consistaient en des absences typiques. Les enfants de ces trois groupes avaient un QI global se situant dans la moyenne des enfants de leur âge. De plus, l'âge chronologique, l'âge d'apparition des crises et la durée de l'épilepsie étaient comparables dans les trois groupes. Les enfants atteints d'épilepsie frontale présentaient un tableau neuropsychologique semblable à celui observé chez les adultes affectés par le même type d'épilepsie. Plus spécifiquement, les enfants « frontaux » démontraient des difficultés dans des épreuves nécessitant de la coordination motrice, une attention soutenue, la programmation de séquences motrices complexes, la flexibilité mentale, l'inhibition de réponses automatiques, la planification et des stratégies de résolution de problèmes. De plus, un profil comportemental spécifique à l'épilepsie frontale a pu être identifié suite à l'analyse des réponses données par les parents à un questionnaire de personnalité (Child Behavior Check List, Achenbach, 1993). Selon les résultats obtenus à ce test, les enfants ayant une épilepsie frontale présentaient davantage de problèmes attentionnels, de troubles de la pensée et de problèmes sociaux que les deux autres groupes d'enfants épileptiques.

Les études de cas ainsi que l'étude de groupe indiquent donc toutes deux que l'épilepsie du lobe frontal entraîne, chez l'enfant, des déficits semblables à ceux observés chez l'adulte. Cependant, plusieurs variables dont les effets de l'âge d'apparition de l'épilepsie, de la durée de la maladie et du site lésionnel, doivent encore être précisées à l'aide d'études portant sur un plus grand nombre d'enfants.

Épilepsie du lobe temporal

L'épilepsie temporale de l'enfance, avec un foyer typique de décharges dans les régions antérieures du lobe temporal, est à la fois moins commune et plus hétérogène chez les enfants que chez les adolescents et les adultes (Bourgeois, 1998). Les crises apparaissent généralement à l'âge scolaire plutôt qu'au cours de la petite enfance. De plus, chez le nourrisson, les crises focales d'origine temporale apparaissent souvent généralisées sur le plan clinique.

Plusieurs études menées chez l'adulte ont clairement démontré que l'épilepsie du lobe temporal pouvait affecter la mémoire (Hermann et al., 1992), la perception auditive (Kester et al., 1991) et visuelle (Doyon et Milner, 1991). Cependant, peu d'études se sont penchées sur la spécification des effets délétères que l'épilepsie temporale pouvait entraîner chez l'enfant. Bien que l'épilepsie du lobe temporal apparaisse compatible avec un rendement intellectuel normal, des difficultés psychologiques et cognitives sont sur-représentées chez les enfants présentant des crises récurrentes affectant les régions temporales.

L'âge d'apparition des crises pourrait jouer un rôle déterminant au niveau du développement intellectuel. Ainsi, Pascual-Castroviejo et al. (1996) ont rapporté un important retard psychomoteur chez un patient dont l'épilepsie, caractérisée par des crises partielles complexes intraitables par la médication, avait débuté précocement soit à l'âge de 5 mois. Par contre, lorsque l'épilepsie temporale se développe à l'âge scolaire, il semblerait que le rendement intellectuel ne soit pas aussi affecté (Camfield et al., 1984). Par ailleurs, une étude de Gadian et al. (1996) menée auprès de 22 enfants souffrant d'une épilepsie temporale rebelle à la médication, a démontré un profil d'atteinte latéralisée des fonctions cérébrales semblable à celui rapporté chez l'adulte. Essentiellement, les enfants présentant une pathologie temporale gauche éprouvaient des difficultés dans les tâches de nature verbale alors que les enfants dont le foyer épileptique était situé dans l'hémisphère droit démontraient des pertes au niveau des fonctions non verbales.

Bien que l'épilepsie temporale puisse provoquer un arrêt de la parole au moment de la crise, les patients ayant des foyers épileptiques temporaux sont rarement aphasiques. Une aphasie se développant entre 3 et 7 ans, est cependant rapportée dans le syndrome de Landau-Kleffner. Dans ce syndrome, l'EEG est anormal, avec des pointes ondes généralement bilatérales, plus marquées dans les régions temporales mais les crises épileptiques sont habituellement rares (Landau et Kleffner, 1957). Une implication du lobe temporal dans la production des troubles du langage caractéristiques de ce syndrome a récemment été confirmée par des études de tomographie par émission de positons (Maquet et al., 1995).

L'épilepsie affectant les régions antérieures du lobe temporal semble produire des troubles du langage plus subtils. Chez les patients adultes, les troubles de dénomination ont souvent été rapportés comme étant des symptômes caractéristiques des crises partielles complexes d'origine temporale gauche (Fedio et Mirsky, 1969). Les enfants présentant une épilepsie temporale gauche peuvent également démontrer un vocabulaire limité et lorsque l'épilepsie survient tôt dans la vie, une atteinte développementale du langage est souvent notée (Jambaqué et al., 1997).

L'épilepsie temporale a également été associée à un retard d'acquisition de la lecture. Les enfants atteints d'épilepsie partielle complexe ont plus souvent des difficultés de lecture que les enfants présentant une épilepsie idiopathique généralisée. De plus, les enfants ayant des décharges épileptique temporales gauches ont des niveaux de lecture inférieurs à ceux des enfants ayant une épilepsie temporale droite (Stores et al., 1976).

Des troubles de mémoire ont également été documentés chez l'enfant atteint d'épilepsie temporale. En 1969, Fedio et Mirsky ont analysé l'effet de la latéralité du foyer dans l'épilepsie temporale à l'aide d'une batterie neuropsychologique composée de l'échelle de Wechsler, du Continuous Performance Test, de l'apprentissage d'une liste de mots et de son rappel différé ainsi que de la reproduction et du rappel différé de la Figure de Rey. Ils ont pu démontrer une certaine dissociation entre le QI verbal et le QI performance en relation avec la latéralité du foyer. De plus, les enfants avec épilepsie temporale gauche présentaient une mémoire verbale déficitaire alors que la mémoire visuelle était atteinte dans l'épilepsie temporale droite. Des résultats similaires ont été rapportés par Jambaqué et al. (1993) qui ont utilisé la BEM 144 auprès de 60 enfants présentant divers types d'épilepsie, incluant une épilepsie temporale.

Des troubles de nature autistique ont parfois été associés à une épilepsie temporale réfractaire, suggérant ainsi une relation entre une atteinte limbique et l'autisme (Carracedo et al., 1995). Plus récemment, Neville et al. (1997) ont décrit une régression autistique chez deux enfants présentant une épilepsie partielle affectant les deux lobes temporaux. De même, une dysfonction de la région temporo-occipitale a été observée chez un enfant autiste atteint d'épilepsie (Jambaqué et al., 1998) et Kyllerman et al. (1996) ont rapporté une psychose transitoire chez une fillette présentant une activité épileptiforme dans les aires temporales et pariétales. Enfin, l'épilepsie du lobe temporal semble souvent associée à des comportements agressifs et des troubles de comportement (Davidson et Falconer, 1975).

Épilepsie pariéto-occipitale

L'épilepsie des lobes pariétaux et occipitaux est rare, constituant moins de 10 % des cas d'épilepsie focale chez l'adulte (Manford et al., 1992). L'activité épileptique d'origine occipitale semble toutefois un peu plus fréquente chez l'enfant que chez l'adulte (Sveinbjornsdottir et Duncan, 1993), ce qui serait en partie attribuable aux syndromes d'épilepsie bénigne de l'enfance.

Les déficits caractéristiques des lésions pariétales et occipitales sont rarement rapportés chez les patients ayant une épilepsie affectant ces régions. Cependant, chez certains de ces patients, les crises elles-mêmes sont caractérisées par des phénomènes cliniques qui reflètent les fonctions neuropsychologiques desservies par ces régions (Smith et Billingsley, sous presse). Par exemple, des sensations paresthésiques constituent des manifestations communes de l'activité épileptogénique pariétale. Une apraxie idéomotrice peut également être observée durant des crises impliquant le lobe pariétal. En revanche, l'activité épileptique du lobe occipital s'accompagne fréquemment de perturbations visuelles.

Plutôt que d'éprouver des troubles cognitifs et sensoriels découlant d'une épilepsie pariétale ou occipitale, certains enfants et adultes manifestent des crises épileptiques conséquentes à une activité suscitant le fonctionnement de ces régions. Ainsi, chez certains individus, l'accomplissement d'activités mathématiques ou visuo-spatiales peuvent entraîner l'apparition de crises généralisées tonico-cloniques. Goosens et al. (1990) suggèrent qu'une dysfonction pariétale serait à l'origine de ces crises généralisées mais les mécanismes responsables de l'apparition de ces crises demeurent encore hypothétiques. De même, une épilepsie occipitale photosensible peut être déclenchée par la télévision ou des moniteurs d'ordinateur. Ce type d'épilepsie est très rare mais son apparition serait observée avant l'âge adulte (Guerrini et al., 1995).

Côté parents

 Evaluations pré/post-opératoires

La chirurgie de l’épilepsie chez l’enfant s’est développée progressivement et a permis d’améliorer le pronostic cognitif et comportemental dans la population des jeunes épileptiques. Les premiers travaux ont surtout utilisé les échelles classiques d’intelligence, mais depuis une dizaine d’années les études neuropsychologiques se sont multipliées et ont permis de mieux explorer différents grands domaines de la cognition comme le langage, la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives, mais également les compétences socioémotionnelles. Ainsi, la chirurgie de l’épilepsie a contribué à aborder les questions relatives à la spécialisation hémisphérique et à la plasticité cérébrale. La littérature rapporte, en particulier, d’importantes capacités de suppléance pour le langage et un meilleur pronostic mnésique dans le contexte de la chirurgie du lobe temporal. Le développement d’une approche conjointe de neuropsychologie et de neuroimagerie fonctionnelle devrait permettre de mieux appréhender les processus de réorganisation fonctionnelle. De façon plus générale, l’évaluation neuropsychologique contribue aujourd’hui à optimiser la prise en charge des enfants et adolescents en phase périopératoire, mais également à plus long terme.

Chirurgie et Mémoire dans l'épilepsie temporale

Une question centrale en épileptologie est la possibilité d’opérer les enfants dont les crises ne sont pas contrôlées par les médicaments. Si les résultats de la chirurgie des épilepsies temporales chez l’adulte sont souvent excellents concernant le contrôle des crises ils demeurent préoccupants pour la mémoire, avec en règle générale une persistance voire une aggravation du déficit mnésique en cas d’intervention sur l’hémisphère dominant . Chez l’enfant, la chirurgie de l’épilepsie est moins fréquemment pratiquée que chez l’adulte  et les conséquences cognitives d’une telle intervention sont encore peu documentéest. Il est important de signaler qu’en pédiatrie, les recherches concernant les effets sur la mémoire épisodique d’une résection temporale doivent intégrer la notion de maturation des structures temporales internes en lien avec le développement neuronal des autres structures cérébrales notamment des régions frontales. Deux hypothèses opposées peuvent être formulées : 1) l’intervention chirurgicale altère les performances mnésiques, 2) cette intervention ne modifie pas significativement le fonctionnement de la mémoire. La première hypothèse  implique que le déclin des capacités mnésiques est dû à la résection et que donc le tissu retiré est indispensable au fonctionnement voire au développement de ces fonctions. La seconde hypothèse suggère que la précocité de la lésion et/ou des crises épileptiques a entraîné une réorganisation anatomo-fonctionnelle et que donc le tissu retiré n’est plus nécessaire pour le fonctionnement de la mémoire. Dans ce cadre, Adams et al. (1990) montrent que les enfants qui ont subi une résection gauche éprouvent davantage de difficultés pour le rappel d’une histoire et l’apprentissage de paires de mots après l’opération, alors que les performances pour les épreuves de mémoire non verbale après résection gauche ou droite restent similaires. D’autres études montrent en revanche qu’il n’existe pas de différence dans les performances en mémoire verbale chez les enfants opérés d’un foyer gauche ou droit . Néanmoins, il semblerait que le déclin mnésique observé peu de temps après résection se résolve à distance, les enfants récupérant leurs capacités mnésiques pré-chirurgicales. Ainsi, il apparaît que les enfants épileptiques bénéficient davantage de phénomènes de plasticité cérébrale que les adultes après l’intervention.

Côté parents